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“Un retour à la compétition sur la plus mythique des distances”
9 Mars 2010 vers minuit je confirme sur le site du marathon du Mont Saint Michel ma participation à l’épreuve : ce sera le 9 mai, départ 9h00.
Je reviens aux sources, 6 ans après ma première expérience sur Marathon. Un grand moment d’émotion partagée avec mon pote Bruno, qui a découvert les 42km195 avec moi.
2 mois pour se préparer et revenir après une longue blessure qui m’a handicapé tout l’automne et une bonne partie de l’hiver.
2 mois pendant lesquels Bruno va m’aider pour préparer ce nouveau défi sereinement… et oui, la passion de la course à pieds et son grand cœur l’ont poussé vers la fonction d’entraîneur, voilà déjà 2 ans.
Un petit test de palier et me voilà avec un plan sur 9 semaines : ça fait du bien d’avoir un plan d’entraînement. Le dernier datait du mois de mai pour le semi de Caen. Là je suis un peu inquiet : je ressens encore parfois une petite douleur sous le talon. Le kiné m’a pourtant affirmé que je pouvais recourir. Les séances de VMA courtes sont un peu éprouvante. Je n’ai plus l’habitude. Je dois aussi courir à des FC très basses : 120 pulses! je me traîne comme un escargot, à moins de 10 km/h parfois. Mais tout cela paye au bout de quelques semaines. Je retrouve une allure footing qui me convient, mais je suis quasiment 20 pulsations en dessous qu’avant : incroyable! Les 3 dernières semaines se passent très bien, j’ai mon allure dans les jambes à force de la travailler. Je suis revenu à un bon niveau (pour moi) sur l’allure marathon c’est de bon augure. Mais l’objectif n’est pas d’aller chercher le record : juste de retrouver de bonnes sensations sur la distance, sans se blesser à nouveau ou se faire trop mal. J’ai eu un peu mal partout pendant la préparation, notamment à la jambe droite et aux 2 talons d’achille. Mais la période de repos (relative) des 2 semaines précédents le marathon va faire passer tout cela.
Nous apprenons quelques jours avant le départ que pour des raisons de retransmission télévisée le départ sera donné à 8h30 au lieu de 9h. Depuis plusieurs jours le vent est orienté au nord - nord est, et cela va durer. Il n’est pas dans le bon sens pour la course, il faudra lutter. Mais au moins il ne fera pas chaud. C’est un moindre mal : la chaleur est mon ennemie n°1 en course à pieds.
Le jour J, petit matin :
Christophe, un collègue passe me chercher à 6h pour aller retrouver Bruno qui nous emmène. Le RV est à Cesson, avec un autre Christophe (entraîné par Bruno) et André Sicot. C’est ma 1ère rencontre avec Dédé Sicot de la JA Melesse. Je suis impressionné, c’est un vrai champion de course à pieds (record à 2h20 et régulièrement entre 2h30 et 2h40 sur cette distance), et il est super sympa et accessible. Message perso : reste comme ça Dédé! ;-) au plaisir de te revoir.
Arrivés à Cancale on se prépare rapidement. Puis on retrouve Jean Daniel qui sort de son hôtel : échauffement sur le port. Et oui, même si on va courir 42km on s’échauffe un peu, on fait monter les pulses. On trottine sur a jetée : le vent manque de me retirer la casquette, ça souffle fort!
On voit le Mont : il est tout petit, mais il est bien visible. On mesure la distance à parcourir, ça effraye un peu. Pourtant je l’ai déjà fait…
Nous rentrons dans le SAS pour ne pas être trop loin du départ : on passe par dessus la barrière. Il y a encore un bon 1/4h d’attente. Je regarde les coureurs autour de moi : des montres Garmin partout.
Il y a une super ambiance je trouve. Faire le départ depuis le port est une très bonne idée, c’est très convivial. Ca enlève du stress qui est habituel sur marathon.
Les nuages s’écartent et un rayon de soleil fait son apparition 30 secondes avant le départ, c’est un peu magique. Je me rappelle les consignes : FC cible 158. Ma cible : 3h12 soit 4′30′’, l’allure travaillée.
Top départ : ça démarre avec une longue côte d’environ 2km, il y a du monde. Pas de stress, au cardio : 151 pulses.
Je suis avec Jean Daniel et Christophe de la JA. Christophe de SII n’est pas là : il est prudent pour son premier marathon et il a une petite douleur au tendon d’Achille.
Au bout de quelques minutes Christophe nous laisse partir : le marathon est généralement une course solitaire. Il y a 6 ans j’ai quand même couru 25 km avec Bruno. Avec JD on surveille nos pulses, on est dans le groupe des 3h15.
Tout va bien…
Km 2 : 0h10′03′’
La côte se termine, on a fait les 2 premiers kilo en 10′03 : 1 minute de perdue à cause de la pente c’était prévu :
Les pulses n’ont pas été au dessus de la limite 152 mais je n’en suis pas sur car, comme d’habitude, le cardio s’affole les 1ère minutes. En revenant sur le plat je suis à 145, et on tourne à 4′35′’ au kilo, c’est très bon signe pour la suite, et conforme aux derniers entraînements. On redescend légèrement sur la gauche pour repiquer vers la côte et se retrouver en gros “au niveau de la mer", on récupère quelques secondes…
Km 5 : 0h23′23′’
Premier ravito : je m’alimente et je bois de l’eau même si le temps est frais et que je n’en éprouve pas le besoin. C’est important de faire cela à chaque ravitaillement, c’est à dire tous les 5 km. Je n’ai pas pris de gourdes, ni de gel cette fois ci : sucre et eau au début, fruits secs quand ils arriveront. Je perds Jean Daniel dans la bagarre pour récupérer une bouteille d’eau. Je suis allé à droite, j’ai cru le voir partir sur la gauche. Je suppose qu’il n’est pas bien loin… j’ai envie de faire une petite pause technique : à force de boire alors que je n’ai pas spécialement soif c’est pas étonnant. Mais bon à priori je suis pas le seul : j’en vois plein qui s’arrêtent…
Les kilomètres défilent tranquillement, il y a une bonne ambiance dans le “peloton", mais c’est assez compact, je n’aime pas trop. Il faut faire attention à son voisin de devant, et derrière ça arrive de sentir le bout d’une chaussure qui vient taper dans le talon… à 4′30′’ au kilo une chute peut faire assez mal sur le bitume.
Mes pulses sont toujours nettement sous les 150, j’ai des fourmis dans les jambes, mais le vent qui est assez fort et de trois quart face (gauche) me fait un peu peur.
Mais c’est le groupe 3h15, j’espère faire mieux aujourd’hui : quelle stratégie adopter? sortir maintenant et trouver un autre groupe devant? Attendre sagement mon heure avec des pulses sous la cible jusqu’au dernier moment et finir fort?
Km 10 : 0h46′
Du fait que je suis dans le groupe je ne vois pas tous les panneaux. Le 10 par exemple je l’ai raté, mais en gros j’y suis en 46 minutes. J’ai toujours envie de faire une “pause technique” depuis quelques minutes, c’est peut être le moment de tenter une sortie du groupe : c’est parti, je me déporte sur la gauche du groupe, et je double tranquillement. Le vent est gênant. Je m’arrête au bout de 4 ou 5 minutes le temps de prendre assez d’avance pour m’arrêter et repartir avec le groupe qui m’a repris. Je me retrouve un peu coincé sur le côté droit, à courir à moitié sur le bitume abîmé, moitié dans l’herbe au bord de la route. On traverse les villages de Hirel et arrive Le Vivier / Mer. Les restaurants proposent des huitres. Les spectateurs sont là mais pas très nombreux et pas très encourageants. Je vois des coureurs devant le groupe, quelques uns sont en petit groupe.
Au bout d’1h de course, au 13ème kilomètre, je décide d’essayer de faire ma course : rester dans ce groupe à me faire porter ça ne me convient pas tout à fait. Je sais que je pourrai rester là longtemps, et attendre mon heure sur les derniers kilomètres du parcours, mais c’est pas mon genre ;-). Allez c’est parti : le vent de face! Je m’éloigne doucement du groupe mais mes pulses prennent tout de suite plusieurs unités. Je fais attention à ne pas dépasser la zone 152-155 pulses que j’ai travaillée à l’entraînement. Je suis passé de 4′35′’ au kilo, à 4′27′’ en gros, c’est pas cher payé, tout cela à cause du vent.
Km 15 : 1h08′49′’
Je rejoins des petits groupes que je passe doucement, puis je finis par trouver un groupe d’une dizaine de coureurs, qui a l’air de bien s’entendre et qui court à une allure qui me convient.
Au km 17 il me semble que la physionomie de la route change un peu, mais ce n’est pas encore les polders : on arrive en vue de Cherrueix. Cela me rappelle mon premier marathon. Là c’est plus animé. Ca redonne un peu de courage, car on est encore loin de l’arrivée : je trouve ça un peu long les marathons, surtout au 15ème, une fois l’euphorie du départ passée…
Semi Marathon : 1h37′36′’
Le semi approche, enfin! Au niveau musculaire tout va bien, niveau pulses je suis dans les clous, mais j’avance moins vite que je ne l’espérais en sortant du groupe tout à l’heure.
Semi marathon : 1h37′36′’. Le groupe 3h15′’ est en retard, mais en me retournant je vois qu’il n’est même pas à 300m. :-(
On s’encourage dans notre petit groupe, on sait bien que c’est pas le moment de partir. Il y en a un parmi nous qui court avec un gros short en coton et un marcel rayé en coton aussi : je me dis que c’est surement sa première course, mais il a une belle foulée, il est athlétique. Je l’observe, je me demande comment il va tenir. Il y en a un autre qui est beaucoup plus “à la page” niveau tenue. Tout en noir, et grandes chaussettes blanches. Il parle beaucoup dans le groupe, plutôt sympa et grande gueule du genre à engueuler la moto officielle qui klaxonne pour passer. Il s’appelle Loïc, je l’ai retrouvé après sur les photos du marathon et dans la liste d’arrivée.
Km 25 : 1h54′44′’
ça sent le polder…. ça y’est, la route bifurque carrément. Le revêtement change. Encore un souvenir de mon premier marathon en 2004 : c’est là que Bruno et moi nous étions séparé, à l’entrée des polders.
C’est plutôt agréable : de arbres ou de grandes haies nous protègent bien du vent. J’ai l’impression qu’on m’a enlevé le frein à main. Je me prends à espérer que ça va être comme ça jusqu’à la fin. En même temps on sent beaucoup plus la chaleur des rayons du soleil.
Je continue à prendre mes temps de passage qui tourne toujours autour de 4′25′’ - 4′30′’ et à regarder mes pulses qui montent un peu : j’atteins le palier des 158 pulses qui est ma FC cible sur ce marathon.
ça tournicote bien, on ne voit plus trop le Mont Saint Michel : un coup à droite, un coup à gauche, parfois derrière… mais il se rapproche, il est déjà beaucoup plus gros que tout à l’heure. J’ai hâte de passer le 30ème kilomètre. Hélas on a quelques longues lignes droites où le vent ne nous épargne pas : ça devient un peu dur. Heureusement que je connais ces sensations.
Km 30 : 2h17′55
Au ravitaillement le groupe se disloque un peu, tout le monde ne repart pas à la même vitesse ou ne prend pas le même temps pour se restaurer. J’arrive à rester avec Loïc et le mec en “marcel” (appelons le Marcel) et quelques autres. Une petite alerte : sur une foulée un peu enlevée je sens une sorte de crampounette derrière la cuisse. Je calme un peu en m’appliquant à économiser le mouvement. Je n’ai jamais eu de crampes sur marathon, ce serait trop bête.
32ème kilo, allez plus que 10km. Je suis plutôt en 4′40′’ maintenant. L’effort pour repasser en 4′30′’ serait trop important j’ai l’impression. Loïc nous encourage, et parle de s’économiser pour accélérer “avec Pierrot” à partir du 37ème. C’est ça d’avoir un maillot avec son prénom dans le dos, après on vous lance des défis alors que c’est pas le moment… je lui fais un sourire, du genre “on verra bien à ce moment là". Je le sais déjà que je vais pas pouvoir le suivre, pourtant j’aime bien faire plaisir à ceux qui croient en moi. ;-) Les jambes commencent à me faire bien mal. On approche de l’endroit ou Bruno devrait se trouver, ça aide à tenir.
Km 35 : 2h41′54′’
Je me retourne encore, le groupe des 3h15 s’est rapproché. C’est à peu près sur je vais me faire reprendre. Cependant je n’ai pas spécialement de regrets par rapport à ma stratégie. Loïc réussit à tenir une allure que nous ne tenons pas avec “Marcel".
Tout à coup je vois Bruno avec son appareil photo. Il m’encourage, ça fait du bien. Je lui dis que ça commence à tirer, il doit s’en douter : je grimace un peu je pense. Je crois comprendre que JD est un peu devant : c’est super, pour un premier marathon c’est une belle perf.
Photo de Bruno : à ma droite vous apercevez Marcel (dossard n° 4770)…

Et voilà ça y’est le groupe 3h15 me reprend, je me mets dans le sillage, voir dedans. J’arrive à tenir, mais je dois faire un petit effort pour ne pas laisser celui de devant s’éloigner. Je sens que ça pousse un peu derrière… je vais tenir 5 bonnes minutes, puis je lâche doucement, quel dépit… surtout que Marcel s’accroche lui. J’ai ma réponse…
Le groupe 3h15 au 38ème kilomètre (photo du site normandiecourseapied.com) : Il y encore du monde!!
Un stand d’épongeage : je trempe la casquette pour me rafraîchir en regardant Marcel et le groupe 3h15 s’éloigner petit à petit.
Km 38 : 2h56′12′’
Nous arrivons au pont de Beauvoir, beaucoup de monde à cet endroit, ça redonne un peu la pêche. Le Mont est très gros maintenant, on a l’impression que l’arrivée est proche, ça redonne du courage. J’ai retrouvé un nouvel acolyte : Alain, barbe blanche bien taillée, V3 je pense (respect), qui toutes les 15 secondes “ahane” bruyamment comme si il allait crever sur le bord de la route. Mais d’où vient-il ? Les spectateurs paraissent inquiet (comme moi) à l’entendre passer….
Moi et Alain ou plutôt le contraire (photo du site normandiecourseapied.com).
On arrive au ravito du 39ème kilomètre, je prends un peu de raisin sec au passage et un peu d’eau. Alain me dit que “ça va pas hein?” (j’avais remarqué) et je le vois s’arrêter au stand abricot sec ou banane je ne sais plus. Moi je continue. Maintenant c’est une longue ligne droite. Je fais mon pire kilomètre : 5′13′’. J’ai marché un peu, quelques secondes. Puis j’ai vu que c’était pas mieux de marcher, ça allait surtout être plus long. Donc je repars, à la faveur d’encouragements.
Km 40 : 3h06′11
Je passe les 40km, quelque part ça fait du bien. 3h06… c’est mon record, à Nantes en 2008. Mais on est en 2010, et j’arrive au Mont Saint Michel…
Toujours cette longue ligne droite.
Photo de la ligne droite (à droite) avant d’arriver au Mont Saint Michel (photo Bruno):

Les jambes font mal, toujours au même endroit : les quadriceps. Pourtant j’ai pas séché beaucoup de séances de PPG. Celui de droite plus que celui de gauche. Mon aponévrose au pied gauche se réveille un peu… il est vraiment temps que ça s’arrête.
Je repasse néanmoins sous les 5 au kilo, la foule nous encourage, et je vois enfin l’arche d’arrivée et la ligne, le mont est tout proche derrière. Au moment où je vais passer la ligne on me double dans un râle assourdissant : sacré Alain !…
Temps final : 3h17′50′’.
470ème au scratch sur 3865 coureurs.
A l’arrivée je retrouve tout d’abord Michel un copain de Ouest-France : il a pas l’air très bien : 3h00′47′’ (rageant non?). Il lui est arrivé la même histoire que moi mais avec le groupe 3h. Je retrouve aussi JD sur un petit nuage avec ses 3h16. On croise Christophe de SII qui a mis 3h34 pour son premier marathon : super. Je croise aussi André de l’ASPTT qui fait une belle course au côté de la première féminine et finit en 2h45, à la 30ème place je crois.
Michel nous dépose en voiture avec JD au pont de beauvoir où nous retrouvons Bruno et la bande du JA Melesse. Un Pic Nic très convivial s’ensuit. Il y a eu de belles perfs pour la JA. Dédé est un peu déçu, ses adducteurs l’ont lâché…
Je suis content d’avoir fini ce marathon, je regrette à peine de ne pas avoir atteint l’objectif des 3h12 que je m’étais fixé depuis quelques jours. Les conditions n’étaient pas favorables, et il ne s’agissait pas de tenter un record. Je voulais juste revenir sur la distance après celui de Barcelone en Mars 2009 et après cette blessure qui m’a fait repartir de très loin au mois de Novembre. J’ai acquis une certitude c’est que courir dans un groupe permet de s’économiser surtout si le vent est gênant. D’autre part l’entraînement de Bruno basé sur des footings à FC très basse par rapport à d’habitude m’a apporté beaucoup à l’allure marathon : à continuer sur les prochains entraînements.
Un gros merci à Bruno qui m’a accompagné sur tout ce marathon avec ses conseils et la prise en main de l’entraînement.
Je remercie aussi Armelle, ma chérie, et les enfants qui me soutiennent pendant toute la préparation, et qui me voient partir courir pendant des heures le WE (alors qu’on pourrait aller à la piscine, jouer au tennis, faire la grasse mat’…).
Et merci à tous d’avoir lu jusqu’au bout!
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