| « Marathon du Mont Saint Michel : 9 Mai 2010 | Bilan à mi-saison » |
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Lundi 24 mai, plus de 24h après l’arrivée, je grimace encore à chaque fois que je m’assoie. Chaque descente, chaque montée d’escalier ravive la douleur dans mes cuisses. Et que dire quand il faut s’accroupir.
J’AI FINI GUERLEDAN!
Voilà ce que je retiens aujourd’hui de la course la plus dure en 17 ans de course à pied mais revenons à l’avant Guerlédan.
Mi-mars après un prometteur semi-marathon à Orvault, je bascule directement dans une préparation trail!
Objectif commun avec Tango, J-P, Stépane Perrault, la distance reine sur le mythique trail de Guerlédan!
Pourquoi mythique?![]()
56 kms, 1600 D+, souvent sous la chaleur, le gratin du trail breton s’y retrouve (Mallardé, Pasquio,…).
Avec Stéphane, on enchaine 4 ou 5 séances par semaine dont 2 sorties trail. Parmi celles là une sortie de 4h, et pour moi une semaine de randonnées dont 2 sorties sportives en Auvergne. Un bon test aux 32 km d’Erquy, l’expérience de 10 marathons, je pars confiant même si je suis novice sur la distance, sur le dénivelé.
J’espère faire entre 6h et 7h.
L’inconnu est de savoir si je suis capable de courir encore à la fin.
Samedi, veille de Guerlédan, la chaleur absente pendant toute la préparation est revenue pour accompagner notre trail. Vu les températures, je suis plus inquiet pour demain.![]()
J’essaie de chasser l’appréhension : tu es bien entrainé, tu as fait des marathons, tu vas partir cool!
Dimanche 4h30, réveil , déjeuner rapide, préparation rapide (crème solaire , anti échauffement, boisson camelback) et hop direction Guerlédan.
7h30 arrivée sur site, ou je suis étonné par le monde (tentes, camping car,…). C’est la grande fête du trail!
Récupération du dossard, à peine 10mn d’échauffement très tranquille!
Je retrouve Stéphane sur la ligne de départ et 3 de ses collègues.
Le speaker nous encourage à sa manière : “Faites attention! Il y a eu énormément de dégât sur le 23km hier! Hydratez-vous bien! Bon maintenant vous avez plus l’habitude de la distance”
C’est un comique ce mec là! Tout le monde ne maitrise pas 56 km comme Pasquio!
8h30 le speaker chauffe les coureurs en égrainant les difficultés et on le ressent un peu comme ça! : “Au 10è km vous serez là, au 20è km vous arriverez sans doute là, au 30è km ce sera peut-être ça, au 40è km si vous insistez, y’a encore ça, au 50è si vous avez toujours pas compris, on vous inflige ça mais si vous passez tout ça, vous méritez d’arriver à ce magnifique site de Bon Repos!
“6, 5 , 4, 3, 2, 1, c’est parti!”
Le peloton s’en va en silence vers le chemin de halage. Je pars très cool en compagnie de Stéphane et d’un de ses collègues.
Au bout de 2 kms, première difficulté dans les bois, partisan de ma stratégie cardio, nous serons parmi les seuls à s’arrêter dans la cote pour faire baisser le rythme.
Tout va bien, il fait encore frais, et les premières descentes, et petits raidillons passent facilement.
Au 7 km, je perds de vue mes compagnons (qui je le saurai ensuite) se sont arrêtés. Je continue car c’est difficile de toute façon d’avoir le même rythme.
Au 10 km, après un passage sur le halage, une petite montée sur un pont et on arrive aux choses sérieuses.
Ça grimpe dur, la température a monté, on traverse des bois puis on arrive en plein soleil sur les crêtes assez technique (zones remplies de pierres) à traverser. Je gère bien. Globalement je garde ma place. S’ensuit une sacrée descente dans la terre bien sèche, la poussière vole. Je dépasse un des collègues de Stéphane (28è au 23è km hier, il a tenté le défi mais aujourd’hui il n’a pas envie de courir et il arrêtera au 20è km).
J’attends le premier ravitaillement annoncé au 19è km. J’entends du biniou et je me dis qu’on approche. En fait non ils sont sur un pont mais point de ravitaillement et déjà 2h de course.
Un peu plus loin, on nous annonce le ravitaillement à 1km.
Toujours multiplié par 2 ce qu’on vous annonce sur un trail comme Guerlédan.
Enfin on arrive au premier ravitaillement!
Il fait chaud! Je prends mon temps pour remplir mon camelback car le prochain ravitaillement est au 31è km, boire de l’eau, s’asperger la tête. Les 2 premières féminines repartent en même temps que moi.
On traverse un pont au dessus du lac dont on entame le tour. On grimpe mais surtout on enchaine des chemins ou on ne peut pas courir plus de 200 m sans s’arrêter pour passer une pierre, passer sous un arbre ou l’enjamber. J’ai laissé les 2 féminines derrière moi. Je ne vais pas vite et en même temps pas facile de savoir ou s’arrêter quand ça ne grimpe pas très fort.
Pendant plusieurs kms, je suis des gars. C’est sans doute là ou je suis le mieux placé mais aussi ou je commence à fatiguer. Je bois souvent mais je n’ai que des boissons énergétiques et l’eau me manque. Je me force à manger mais difficile avec la chaleur. En plus après un petit passage sur du bitume, on se prend un de ces murs avec des marches espacées qui te bousillent les cuisses! Là j’en C..! Quand je vois certains se prélasser au bord de l’eau, je piquerai bien une tête plutôt que faire ce truc de OUF!
Le ravitaillement du 31è après presque 4h de course est en plein soleil. 2 casseroles d’eau sur la tête me remettent un peu d’aplomb. Je mange un peu de raisins et de l’orange. Je repars en même que la 1ère féminine (Sophie Gallou) qui a pris la tête pour ne plus la quitter. Je mène un petit groupe qui traverse un champ en plein cagnard (on y entre en passant par dessus un fil électrique, on en ressort en passant sous un fil barbelé). Un gars s’étale en plein soleil.
Premières crampes pour certains, et pour moi le début vers le 35è km des soucis. A force de boire, j’ai l’estomac qui a du mal à supporter le fait de courir plus de 1 km sans s’arrêter. En plus malgré la casquette, j’ai un coup de chaud et je me sens pas top donc prudemment je me mets à alterner course lente, marche.
Évidemment la 1ère féminine puis bientôt la 2è me doublent et bien d’autres encore.
Et ça n’arrête pas de monter en plein cagnard. Il faut mettre les mains pour monter et pour passer sur les pierres dans des passages ou il ne faut mieux pas avoir le vertige, ni craindre la lande. Je bois, je bois, je bois!
Le relais du 41è avec seulement de l’eau se fait attendre. Je n’avance plus. Je marche désormais presque tout le temps car mes cuisses ne supportent plus les descentes. J’arrive au relais fatigué. Je n’ai plus qu’une envie : que ça se termine et il reste encore plus de 15 kms. Peu importe qu’on me double. C’est tellement dur que j’ai décidé de finir en marchant car je ne sais pas si je le referai un jour!
Encore des cotes et des descentes. On est à presque 6h de course. La 3è féminine m’a dépassé. Il y a plein de gens qui nous encouragent. Je réponds “je n’irai pas plus vite mais merci". Ils sont admiratifs et parfois je pense un peu dubitatifs de vouloir s’enquiller ca en pleine chaleur.
Mais on n’a pas choisi! Les kms sont longs. Stéphane me rattrape. Je suis incapable de courir avec son groupe. J’ai décidé de gérer. Pas question d’abandonner mais je suis assez lucide pour me rendre compte que terminer c’est le seul objectif à tenir. Vu la chaleur, rester prudent. Ne pas finir comme ce gars qui s’est installer à l’ombre ou cet autre qui est ressent des douleurs à la cheville ou celui-ci qui est tétanisé par les crampes!
Et dire que je me considère comme entrainé mais maintenant je sais que je ne suis pas assez préparer pour un trail de cette difficulté. Un peu tard pour s’en rendre compte mais comme pour un marathon, c’est ma première fois et donc il faut finir.
Comme avant chaque ravitaillement, on nous l’annonce un km avant (donc 2!) et à chaque fois, je me secoue pour courir un peu pour y parvenir. J’y retrouve Stéphane sur le départ qui commence à avoir quelques crampes.
Je dilue de l’eau dans mon camelback. Il reste 6 kms. Certains râlent un peu car en définitive on fera plutôt 59 kms que 56. Je repars seul dans une cote (une de plus). La 5è féminine me double.
On repasse en plein cagnard près d’une ferme avant de reprendre un mur! Je m’insère dans un groupe de rescapés qui ne demandent qu’à finir, abréger cette souffrance dans cette chaleur. On se motive et du coup je retrouve un peu de jambes dans les bois pour les suivre.
Un gars nous jure “encore un raidillon de 300m et après c’est la descente finale". Bref après quelques jurons et 600m, on entame la descente ponctuée de quelques remontées pourvue de racines.
On veut vraiment qu’on finisse avec une entorse ou quoi?![]()
Mais le moral est un peu revenu car on entend le speaker, encore 500 m sous les applaudissements en plein soleil , la remontée vers le site d’arrivée parmi la foule, la traversée de la rivière pour finir avec des godasses pleine de flotte et ça y est!
J’AI FINI GUERLEDAN!
Je regarde le chrono : 7h 40. Et moi qui pensait être proche des 6h. Un peu naïf le Philou! La 1ère féminine me met 30′. Un autre jour peut être si j’ai les jambes, je pourrai finir avec elle mais aujourd’hui j’ai fais ce que j’ai pu!
Je rejoins Stéphane qui fini en 7h33 et 2 de ses collègues, le 3è arrivera un peu plus tard, victime lui aussi de la fournaise! On attend un peu mais point de Tango, ni de J-P à l’arrivée. J’espère qu’ils arriveront au bout!
Invité par un de des collègues de Stéphane, direction Rostronen pour une douche bien méritée, une bière, du fromage, des gâteaux apéritifs, du saucisson.
Bref on se raconte la course dans une bonne ambiance.
Aujourd’hui finir était un réel exploit pour nous et on en est fier!
Retour sur le site de Bon Repas, l’appétit retrouvé pour un bon petit repas avec bien sur de la saucisse car un trail de Guerlédan dans saucisse et sans une bière (la modération s’impose sans problème quand on est fatigué) et bien ça se fait pas!
C’est l’heure de se quitter! Retour à la maison! Place à la récupération!
Maintenant je comprends pourquoi on en parle tant de ce trail!
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